Grand-Pa Joe

C’était l’année où mon grand-père est mort. L’année où Pépé s’est pendu. On s’était tous retrouvés à boire du rhum en face de la mer. On avait dispersé ses cendres au large de Notre Dame de la Garde près de la première bouée à la sortie du port d’où il partait avec « la mouette », son inénarrable petit bateau blanc et bleu qui chaloupait à mort dans les vagues.

Quelques uns dégueulaient en mer, d’autres attrapaient du poisson, d’autres fumaient  des joints à l’avant, mais il était bien là à tenir la barre, à se recoiffer et nous éviter les rochers et nous ramener à bon port, malades, heureux, transportés. Un peu plus vivants.

Louis n’avait pas connu le bateau mais ils étaient allés tous les deux au vert de lait, l’île pleine d’oiseaux et d’étranges bestioles protégées qu’on ne pouvait rejoindre qu’à marée basse par un dédale de saletés de cailloux glissants, avant que la mer ne remonte et n’avale tout. Tout ça était presque englouti maintenant ou ça n’allait pas beaucoup tarder.

Mais le vieux était têtu, il avait décidé jusqu’au bout, il avait même dompté la mort. Alors nous nous retrouverions désormais chaque année pour boire ce rhum, et cela continuerait jusqu’au dernier, même tout seul sur son rocher, à siffler toute la bouteille.

Un homme à la mer, tous à la baille.

 

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Un commentaire

  1. Bon jour,
    Un texte très juste dans la narration et le propos : les morts mènent par le bout nez les vivants … on a des exemples tous les jours.
    Max-Louis

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    Réponse

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