Temps neutre, arôme nucléaire

Vision de méduses au cœur de l’église, vastes lustres de verre mollusques, tandis que disposés juste sous la nef, des pans entiers de vitrocéramique filtrante surchauffent les rais sensibles de lumière qui tombent sur la secte. Daniel Toscan du Plantier est là, géant accoudé au bar dans sa gabardine beige, qui prend l’espace de toute sa superbe avec sa bande de vieux rupins.

Dans la fosse avec A. que j’échoue à comprendre, sa diction hachée mange des mots, peut-être de la drogue ou le parasitage du prêtre dont la violente harangue éclate dans les diffuseurs haute-fidélité.

Soudain le prêtre ferme les yeux, lève les mains à hauteur d’épaules. Paumes en avant, doigts joints, on dirait qu’il hésite, garde le silence, ménage des effets ou peut-être qu’il se demande. Puis il se met à chanter.

J’ai pensé qu’il était fou et le public sous hypnose. Coupe « Kurt Cobain », barbe de trois jours taillée, chaussures à bascule, l’air sale et mystique, l’aura vicieuse.

Il dit « La tristesse est proportionnelle à l’amour qu’on avait pour les défunts, c’est le prix à payer pour l’amour. Il dit  » les mondes virtuels et réels sont unis sous le contrôle de Dieu parce qu’un avatar global regroupe toutes les identités masquées et sourdes des réseaux et espaces dématérialisés ». Il dit que la substance est le liant universel, que la fragmentation n’est qu’apparente, que les fidèles sauront reconnaitre la toile sous la peinture, Dieu-Toile, texture sous-jacente, arôme nucléaire ».

La foule vibre d’acquiescement, bourdonne l’accord silencieux, la communion est étrange et palpable. Les lustres méduses semblent faiblement bouger en écho.

En sortant il se met à choir des tonnes d’eau, le périphérique extérieur saturé : impossible d’avancer mais toute la pluie dans le soleil est magnifique. Coincé dans le trafic je me souviens qu’il a dit « l’âme se réincarne dans un corps parce qu’une âme seule ne peut rien faire, l’âme se réincarne dans un corps mais dans un corps céleste ».

Le risque d’écrasement sous cette fin d’après-midi appelle une contre-mesure rapide et contemporaine. C’était jeudi soir au Trianon et va savoir pourquoi les voix graves conviennent parfaitment au fait religieux, aux croyances les plus folles, ancrées dans le fond de nos âges, « faut faire avec ».

 

 

 

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