Au bout des mondes

Au bout d’une certaine heure ne reste qu’à longer les rues comme les plages d’une mer blanche, je n’ai quasiment rien de mieux à m’offrir. Rien d’autre qu’un peu de calme au fond de tout ça.

A la maison je vois Zoyd en tailleur sur le parquet. Il bidouille son micro HF pour capter des fausses notes sur le piano. J’ai de la chance, je me dis, j’ai eu de la chance et finirai sûrement comme ça : heureux, profond, imbécile heureux.

Je comprends que le chinois de la comptabilité ne fera rien tant que je n’aurai pas obtenu que son N+1 lui force la main. Par chance, mon N+1 est plus puissant que le sien : tu as déjà perdu, le chinois, tu joues mal au poker, tu joues mal aux échecs, tu joues mal ta partie et tu m’emmerdes pour rien.

Pour la Toussaint j’ai bien pensé à Berlin, j’ai bien pensé à Sofia, j’ai bien pensé à un tas d’autres endroits, Amsterdam, Bruxelles, j’ai bien pensé à tout ça et finalement j’ai trouvé quelque chose près du Vésuve, Naples, capitale de la Mafia et des ordures et des ruelles et des églises, une minuscule maison sur le toit d’un immeuble de dix étages, vue sur la baie, le volcan, la ville qui pulse en dessous et moi qui contemple tout ça de là-haut. J’aurai peut-être bien quelque chose à dire de cet espace-temps.

L’autre matin je loupais l’embranchement pour la direction générale en tripotant le système audio de la VW pour envoyer « Fly Me To The Moon », j’arrivais avec 25 mins de retard dans la salle de réunion qui ressemblait à un aquarium anémié : tous les cadres de la boite anesthésiés, mutiques, totalement neutralisés. Climatisés. A la pensée que j’étais l’un des leurs j’avais soudain chaud, envie d’ôter mon pull, mais je n’avais qu’un pauvre T-Shirt Batman déchiré en dessous. Je me laissais bruler jusqu’au soir.

Lou Reed me colle un blues continental, perturbant, envie de crier pour pas hurler. Dans cette salle de réunion, les traces sensibles de sa voix m’ont sauvé de la dépression profonde, du saut de l’ange par la fenêtre, de la mort qui planait autour. See that my grave is kept clean.

Le lendemain je n’avais pas suffisamment oublié malgré mes efforts.

Des échos comme des cicatrices des trous noirs subsistaient. J’avais légèrement peur de la numération, des données rationnelles, scientifiques et objectives.  Je lui proposais de boire du vin avant disparition totale de l’humanité.

 

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