L’INSOLITE VOYAGE BERBERE DE PATRICK ZARIFIAN

Dimanche matin réveillé par la salsa sourde de Lili Boniche, eau fraîche sur le visage et dans les cheveux, coup de jet d’eau dans la baignoire où j’ai passé cette nuit (consigne du propriétaire), buvons du café en jouant une version Piano / Guitare de Drinking in LA puis un Dylan puis de nouveau Lili Boniche et j’ai la vision de Patrick en Djellaba qui arpente les ruelles d’Alger sous le doux soleil de septembre qui chauffe pourtant la casbah à 40 degrés et le voilà qui s’arrête discuter avec un menuisier car où qu’ il soit dans le monde il se débrouille pour rencontrer tous les bricoleurs professionnels possibles et tandis qu’il discute vis, boulons et tasseaux avec Mahmoud Saïd le menuisier venu de Tizi-Ouzou il y a des années de ça, les chaussures de Running profilées de Patrick Zarifian sont comme deux requins déchirés qui dépassent de sa djellaba et ah voilà le poulet et les pommes de terre à l’ail et la salade préparés par Patrick Zarifian en ce printemps 2022, le Roman Vivant n’admet aucune cachoterie au réel et le voilà qui parle avec un voisin sidéré d’entendre Lili Boniche exploser dans les enceintes haute-fidélité depuis deux heures.

Quelques jours plus tard : ce midi à la cantine il n’y avait plus de yaourts. Je me suis senti un peu interdit devant la caisse enregistreuse. Il faudrait que je continue de développer mes compétences, j’ai pensé. Les gens trouvent souvent des motifs de se plaindre. Je vais boire un café 

Après quelques heures de jury pour l’école des cadres, je rentrais faire une sieste puis prenais un chauffeur privé pour aller aux Olympiades retrouver Sarah-je-ne-bois-jamais-d’alcool qui fût un temps ma muse pour des histoires de sorcières indiennes au Far-West. Je dois avouer que je ne suis pas écrivain, je n’ai que de fugitives visions de bribes d’histoires que les gens ont vécu dans une autre vie et que je tente de retranscrire au prix d’efforts conséquents bien que décousus.

Sarah-je-ne-bois-jamais-d’alcool fut donc Molly-je-me-promène-avec-une-louve dans les canyons en lisière des déserts pour détrousser les convois et terroriser les honnêtes gens comme les armées confédérées.

Alors bien sûr, au moment où j’écris ces lignes Patrick Zarifian a disparu et n’est pas rentré de son voyage mais rien n’indique que tout ne pourrait pas s’arranger d’ici la fin de ce récit, j’écris très lentement et ce n’est pas vraiment un homme pressé. 

Ce soir, nous nous contenterons d’un restaurant de spécialités asiatiques dans le quartier chinois. Quant à Patrick Zarifian, une précision s’impose, pour une fois mes visions ne concernent pas un état de réalité passé ou présent mais une histoire à venir puisqu’il n’a techniquement pas encore fait ce voyage, tout au plus le planifie-t-il pour l’automne 2022.

Patrick Zarifian quitte l’étal du menuisier sur la promesse de se retrouver le soir venu à son atelier pour selon Patrick «voir un peu les outils de Mahmoud et réfléchir à la nouvelle machine qu’ il veut construire pour montrer son cinéma sans images aux berbères et tribus bleues du désert».

Il remonte la rue principale jusqu’au promontoire rocheux qui surplombe l’Est d’Alger et divise en deux la falaise qui retient l’océan de déferler sur les vignes des coteaux du Oued.

Pendant ce temps-là je buvais une longue bière dans le dix-septième arrondissement, croisant Thierry Mariani, un politique de tout bas étage qui s’affichait pro-Poutine quelques mois en arrière. Je venais voir les copains Todalos pour un concert privé, il y a aurait apparemment peu de monde en ce premier week-end de juillet et ça tombait bien, me sentant moyennement sociable.

J’ai dormis toute la journée si bien que la bière fraîche passe très bien, dehors il fait chaud à crever. J’espère vaguement qu’ il y aura de la climatisation pour ce concert à haute intensité Rock’n’roll. En vrai on crèvera probablement de chaud dans l’enfer moite du trou du cul du Blues pré industrie du disque.

Les gens portent des bermudas comme des rats aux jambes piquées de poils. Là-bas Zarifian cuit dans sa djellaba mais enfin, c’est bien ce qu’ il cherchait, fondre et se fondre dans l’ancienne colonie plus orgueilleuse que meurtrie, inconquise malgré toute sa colère. Il voit bien, il savait bien avant de débarquer du Ferry qu’ ici les gens ici sont indomptés. Même par l’histoire. 

Yard 16

C’était l’époque où tout le monde avait un nom américain, étrange et stupide comme Zoom, Doyt ou K-Slash. J’étais revenu au Village au tout début mai pour voir la famille, de fiers êtres noirs, courtaux et violents qui jetaient sur le monde un œil peu confiant. Jojo, le Vieux, se souvenait bien de la guerre. Envoyé en Allemagne, lui et son bataillon se faisaient tirer dessus par des femmes planquées derrière leurs volets, quelques uns de ses copains de régiment entraient dans les immeubles, défonçaient les portes et jetaient ces femmes par la fenêtre. C’était pas approprié dit Jojo en se frottant le dessous du nez avec un torchon, mais c’était la guerre. Un de ses copains hébergé chez l’habitant couchait alternativement avec la mère et la fille de la maison. Tout le monde crevait de faim alors Jojo allait chasser et filait de la viande en douce à la famille qui le logeait et lui repassait impeccablement l’uniforme chaque matin, si bien qu’ il était le soldat le plus impeccable de toute sa troupe de jeunes soldats. Rejoint par Oscar au bar du port, je voyais l’orage éclater au large, les flashs laiteux cachés par les énormes nuages qui flottaient au dessus de la mer, les flashs se rapprochaient, comme un message en morse qui nous dirait de rentrer pour sentir les premières gouttes tomber sur nos têtes, la route et la pinède avant de retrouver le chalet. Ces histoires de guerre qui revenait, comme l’orage et la gueule de bois.

Blockchain

Depuis des semaines, Henri tombait sur des heures étonnantes lorsqu’il consultait son portable : 12h12, 15h15, 22h22, 09h09 et ainsi de suite. Le moteur de recherche lui appris qu’on nommait ceci des heures mirroir et qu’on leur avait assigné un sens, une signification. En tout état de cause, il s’agissait de messages envoyés par nos anges gardiens. La signification annoncé par des voyants ne pouvait qu’être fantaisiste mais la répétition restait stupéfiante. Des anges gardiens. Ses anges gardiens.

Face à la guerre et au risque nucléaire, Henri s’était acheté un sac à dos militaire qu’il avait rempli de multiples outils basiques de survie : le couteau de l’armée française, une gourde en aluminium plate 50 cl, une paire de jumelles miniature, une trousse complète de premiers secours, un kit de survie comprenant boussole, couvertures de survie, fil de pêche, hameçons, mousqueton, corde, système pour faire du feu, mini-tournevis multi-têtes, pince coupante, système de filtration d’eau pour boire celle des mares et des rivières, cartes IGN de la Bretagne car sa fuite se ferait immanquablement vers l’Ouest, lampe torche, sifflet, décapsuleur-tire bouchon de poche (on est jamais à l’abri d’un coup de chance).

Evidemment en cas d’attaque nucléaire, tout ça ne servirait à rien mais le pire n’est jamais certain. Les TV répétaient en boucle qu’on venait de changer de monde. Evidemment, la guerre en plein coeur de l’Europe, les Russes qui atttaquent un peuple aussi brave et courageux, ça ne peut que nous inspirer : Henri prit une décision radicale et s’abonna à une chaine de Fitness disponible depuis peu sur son bouquet de chaînes TV.

Robots troglodytes and Country

On voit tout par une fenêtre. On se croit seuls et quoi ? Un jour ils débarquent. Les extraterrestres. Direct. Il y a des vidéos. Les pilotes deviennent dingues en filmant des trucs passer de stationnaire à supersonique en deux secondes, les engins tournent sur eux-mêmes, virent à angle droit, disparaissent ou plongent dans la mer. Le tout filmé par des caméras thermiques à balayage frontal. Authentifié par l’ Air Force et la calculatrice Burroughs.

« Un clin d’œil, Johnny, ils virent comme ça, t’as le cul vissé dans ton F18 lourd comme trois trente-cinq tonnes et ces petits enfoirés filent comme des rayons laser, si c’est des russes ou des chinois je veux bien me taper le colonel Rainbow en backroom à Frisco ».

Je fais confiance aux américains. Ces petits étrangers sont là qui rodent et nous observent avant de décider Dieu sait quoi. Les chinois ne virent pas à angle droit dans les nuages, les russes ne plongent pas sous l’eau. Nous ne sommes plus seuls. Reste à savoir qui sont ces mecs et quelles sont leurs intentions profondes. Vu leur avance technique ils pourraient bien nous coloniser et nous saigner comme des poulets. Ont-ils seulement la bosse, l’obsession du commerce ? Sont-ils carnivores ? Sont-ils comme nous ? Pourra t’on seulement s’entendre sur la marche à suivre ?

Ça m’étonnerait qu’ils soient aussi bas de plafond. Au mieux voraces, ils nous boufferont la moelle en sauce et violeront nos enfants avec leurs sexes télescopiques et Dieu sait que ça sera largement mérité. On a fait ce qu’on a pu mais globalement personne pourra légitimement vous en vouloir de quoi que soit, les mectons de l’espace. Faudra juste encaisser Philippe Katerine et David Bowie.

Nos chairs coupables sentiront la clope et la faute et la fièvre porcine, take your risk.

NY Dolls 2

C’est peut-être la musique ou la plage mais les temps sont suspendus quelque part où nous faisions du vélo dans la neige, du cheval dans les plaines, à suer dans les usines noires du dix-neuvième siècle, le ciel est trop bleu pour des temps comme ça, mon vieil ami.

New York Dolls

Sur les plages toutes sortes de corps et c’est l’été où tu luttes contre l’assassin. Ceux qui survivent, blancs ou bronzés, ne sentent pas la soupe primitive bouillir avec toutes nos peurs. Des chansons du Texas, des airs du Sud, passent sur la sono pour t’accompagner comme de vieux amis d’avant, des forêts vierges, un soleil rien que pour toi.

Le monde fantastique du MIN de Rungis

Un ballon de blanc au comptoir avant la pause méridienne, Raoul et moi posés au zinc comme si ça faisait longtemps, au retour je saisis que les immeubles et les constructions ont tous la forme de cartes graphiques et de microprocesseurs, dans le taxi j’en tire tout un tas de théories dont j’oublies tout en chemin mais c’était pertinent, fin et brillant comme un laser. Soudain, tout de suite, le mouvement d’une sieste.

Les représentations

Je n’aime pas le dernier verre, c’est l’œil de Deleuze d’en avoir fait concept. Ces derniers temps tout s’est accéléré, les moyens de contrôle sous tension, il faut réinventer des normes opératoires, des représentations qui perpétuent la domination des forts, des riches, des puissants. Nous regarderons cela de loin comme de fous spectateurs.

Oscar

Sur la terrasse en haut de la médina tout en haut de la baie, je monte deux cafés et des biscuits et v’là mon copain remonté la tête pleine de hiéroglyphes et plus son usine produit plus je dois partir, errer, pour l’équilibre. Mon pauvre cul si lourd dans les pentes et les cotes, souvenirs de riens,  de ciment et cités. Frank Ocean claque dans le casque haute-fidélité comme un mantra. Ils ont trouvé un monde parallèle au Pôle Sud. Sortez-nous de là. Venez nous rejoindre.